Bornéo, L'île aux tortues ...
Par S.Meys, le 08/11/07 , dans Actu     Tags: Tortues marine, Turtles island, sabah, bornéo

Sandakan … la ville qui a fait le plus de milliardaire au monde dans les années 70. En parcourant ses rues pour nous rendre à l’embarcadère, nous réalisons la volatilité de l’argent. La ville est en mauvais état général, rien n’est resté sur place, des forêts millénaires grandes comme un tiers du territoire français ont été coupées en l’espace de deux décennies. Des sommes d’argents absolument énormes ont circulées … et tout est partis.
A l’époque Sabah était la première, des onze provinces qui forment la Malaisie, en terme de revenus et cela uniquement grâce à l’exploitation du bois. Il sortait plus de bois de la seule île de Sabah que de tout le continent africain !

En montagne (au dessus de 500m car le palmier n’y pousse pas) les zones coupées ne sont plus que de la prairie, ravinées par les pluies qui lessivent les sols jusqu'à la roche. En dessous des 500m le reste a été presque intégralement converti en champs de palmier à huile, la seconde malédiction de la biodiversité local. Avant de venir nous connaissions l’étendus des plantations de palmes, nous avions vus les images satellites, le constater de visu nous a réellement fait un choc et l’énorme fumisterie des soi disant bio carburants prend alors, encore un peu plus, son sens !

Mais pour l’heure nos regards sont tournés vers la mer. Nous naviguons une petite heure vers l’île de Pulau Selingan aussi connu sous le nom de Turtle Island. Le Sabah Wildwife Departement y gère un programme de protection des tortues marines.
Turtle Island est la principale et celle accessible au public dans le cadre d’un programme imposé : 1 jours/1 nuit et peu de place (une quarantaine).
L’île est petite et une fois acquitté des taxes d’entrée et d’autorisation de photographier la nuit (sans flash nous a-t-on préciser avec insistance) nous trouvons sans difficulté le bungalow. 4 maisons au nord de l’île abritent de petites chambres simples, mais avec clim et frigo quand même ce qui ne manque pas de surprendre quand on considère l’isolement relatif de l’île.





Les installations scientifiques sont simples et composées essentiellement par un grand espace ou sont enterrés, à intervalles réguliers et dûment identifiés, les œufs de tortues. En effet la méthode est la suivante, la nuit les tortues viennent sur les plages pour pondre. Des rangers surveillent, à la fois pour éloigner prédateurs et braconneurs et surtout pour prélever l’intégralité des pontes qui sont ensuite ré-entérées à la nursery. Une partie de cette espace est à l’ombre car le sexe est déterminé par la température ambiante durant l’incubation. A l’ombre cela donnera des mâles, au soleil des femelles. Les rangers nous expliqueront appliquer une stricte parité dans le choix du sexe mais la distribution de l’ombre sur le site et le nombre de nid indique plutôt une préférence pour des femelles. L’horloge biologique de ces petits bout de choux est ainsi faites qu’ils sortent tous en même temps afin de favoriser leurs chances vis-à-vis des prédateurs (ainsi débordé par le nombre). A chaque éclosion les petites tortues sont donc remises à l’eau par les rangers dont un petit nombre sous les yeux émus des touristes.
L’après midi est occupé par un tour rapide de l’île suivit d’un shnorkling dans des eaux strictement délimitées, peu profondes mais finalement très riches en vie.

Petite séance photos au coucher du soleil, repas du soir, visionnage d’un film sur les tortues, visite du petit musée et l’attente commence. Il est 20h on nous annonce que nous serons divisé en 2 groupes, le 1 part dans 30mn, le 2 vers 23h et nous sommes dans le 2. Le groupe 1 part, revient bien vite, échange 3 mots et part se coucher sans que nous soyons très sûr de ce qu’ils ont vus.



Nous sortons finalement traquer la faune locale nocturne avec nos lampes frontales histoire de tuer le temps. Rassurer vous cela se limite à chercher les Gecko qui se baladent alentours …
Bien nous en prend florence trouve un bébé tortue qui, d’un pas décidé, filait direct vers le bâtiment. Les gens viennent voir et tout le monde s’attendris, un autre couple a trouvé un second bébé qu’ils se sont empressés d’aller remettre à l’eau.
Nous on est sage, pas d’initiative hasardeuse je vais demander et ont me dis de le remettre à l’eau sans plus de détails. Tout émus nous nous écartons de 100 ou 200m et florence dépose cette petite boule d’énergie dans l’eau. Stupeur elle fait demi tour et revient direct vers nous. Nous percutons … la lumière doit l’attirer. Je la prend, m’éloigne un peu, éteint ma frontale, la remet à l’eau et m’éloigne rapidement. Comment savoir dans le noir ... j’attend un peu, m’avance prudemment mais j’ai peur de l’écraser si elle est revenue. Enfin j’allume ma frontale en masquant la lumière de ma main. Et je tombe sur mon bébé tortue coincé entre les pinces d’un crabe bien costaud, je vais pour tenter de la dégager et il file dans l’eau. J’insiste quelques secondes mais la raison l’emporte c’est ainsi …
écupère des pinces du crabe qui n’a pas l’intention de se laisser faire, je risque de trouver un bébé blessé ou mort. Je reviens penaud annoncer la triste nouvelles aux spectateurs atterrés, on oublie trop vite qu’un seul minuscule pourcent des bébés arrive à l’age adulte !

Nous reprenons notre attente, une pensée triste dans la tête pour un bébé tortue qui aura eu une vie bien courte.
23H30 un ranger arrive et annonce « Turtle time », d’un bond nous sommes sur ses talons et il nous emmène vers la plage ou, l’après midi même, nous avons lézardé. Voix basses, instructions, on éteint tous nos lampes on progresse maladroitement et en silence sur la plage et puis nous voila devant une tortue verte en train de pondre. Emotions … Le ranger explique que c’est à ce stade seulement qu’on peut l’approcher sans risquer de compromettre la ponte. 65 œufs seront récupérés. Je tente quelques photos sans flash (interdis évidemment) dans une obscurité presque totale, tandis que dans le noir complet et juste à quelques mètres de nous, nous entendons une seconde femelle en train de creuser son nid. 5 mn passe, peu être 10 et demi tours nous partons à la nursery. Là les œufs y sont ré-enterrés. Vu la position ce sera sans doute des femelles, la petite planche est planté et porte en guise d’épitaphe la date, le numéro de ponte et le nombre d’œuf. La ranger chasse bien vite la sinistre comparaison en faisant remarquer que ici ce n’est pas « rest in peace » mais « grow in peace » :o).


Dernière étape le relâché … Cette dernière étape nous laissera un sentiment étrange. Toujours dans le noir nous allons sur une autre plage proche de la nursery, formons une allée et là par terre dans un petit cageot en plastique attendent 2 ou 3 douzaines de bébés. On nous explique de nouveau le problème de réactivité à la lumière et tout le monde éteint sa lampe. Seul le ranger garde allumé la sienne et nous avons 1 minute pour tenter de faire 3 photos. Le cageot est versé sur le sable et quelques bébés filent à l’eau en suivant la lumière de la lampe tout en se dispersant entre nos pieds ou ils deviennent impossible à voir à cause de notre vision nocturne brouillée par la lumière du ranger. Nous n’osons pas bouger d’un millimètre de peur d’en écraser. Mais l’essentiel du groupe reste en tas sans bouger, sans réagir à la lumière. C’est donc une à une que le ranger les mettra à l’eau.
L’émotion est bien là de voir ces petits bouts se jeter péniblement dans la mer mais au fond de nous l’expérience à un goût amer, un relent d’improvisation terrible. Depuis combien de temps ces jeunes sont t’ils nés et on attendu en s’épuisant en vain quelque part attendant d’être mis à l’eau devant les touristes. Ne vaudrait t’il pas mieux les mettre à l’eau en huis clos dans des conditions optimales plutôt que dans ce joyeux bazar ou sont posé à la mer des jeunes visiblement sans énergie. Certes ces visites constituent pour le programme une importante source de revenus, mais la visite serait elle moins bien sans cette étape ? Ne connaissant pas la réalité de l’organisation dans le détails ni le comportement « normal » de ces animaux ils nous est impossible de nous forger une opinion, nous resterons donc avec nos doutes.

Retour au lit à minuit passé pour un départ le lendemain matin prévu à 7 heure et évidemment il est interdis de se promener sur les plages la nuit (c’est une chance d’ailleurs). Mon petit GPS portable me donnant un lever de soleil vers 6 heures nous décidons de nous lever tôt, pour tenter notre chance sur la plage aux premières lumières afin de peu être apercevoir les mamans retardataires. Hélas la lumière arrive plus tôt qu’on ne le pensait et à 6 heures la plage est déserte mais constellée de traces des pontes de la nuit. Séance photos du lever du soleil et nous profitons de la quiétude du moment.

Et là … surprise ! Je tombe sur un bébé tortue qui descend de la plage et file vers l’eau aussi vite qu’il le peut. On ne saura jamais d’où il est venu. Les jeunes sont relâchés de l’autre coté de l’île, l’a-t-il traversé après les lâchés de la nuit, s’agit t’il de l’éclosion d’un œuf oublié ou d’une ponte qui aurait échappé au ranger ? Impossible à dire mais ce bébé là est pleins de vie et d’ardeur et il file directement vers la mer et le soleil qui a déjà bien franchis l’horizon. Photographiquement c’est la déculotté nous sommes tous les 2 en grand angles et la vitesse du bébé nous interdis tout changement d’objectifs, dans quelques dizaines de secondes il sera à l’eau. Tant pis on fait ce qu’on peu et surtout on profite du moment !
On s’accroupit, on photographie, on regarde, et plouf la petite carapace est dans l’eau et s’éloigne déjà. La mer est d’huile et on voit le petit sillage formé par la tête s’éloigner sur cet océan gigantesque !
Me concernant le séjour verra 2 gros regrets photographiques ce moment en sera un, je me maudirais toujours de ne pas avoir été monté en téléobjectif afin de pouvoir mieux figer ces images, mais quels moment de magie totale …


L’heure passe nous filons à la chambre récupérer nos affaires, avons 5mn pour prendre un semblant de petit déjeuner et nous embarquons sur le bateau de retour. Un rien triste de quitter l’île mais Sukau et la Kinabatangan nous attendent le soir même c’est donc dans un mélange de mélancolie et d’impatience que nous laissons Pulau Selingan derrière nous.

Le fichier google Earth pour situer les lieux.


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